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Chapitre 3: Le VIH/SIDA: un tueur auquel il
faut faire face : Page
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La réaction à
l'infection à VIH/SIDA :
les enseignements des 20
dernières années
|
Chapter 3
- Le
VIH/SIDA: un tueur auquel il faut faire face
- L'épidémie
de VIH/SIDA en quelques mots
- La réaction à
l'infection à VIH/SIDA: les enseignements des 20
dernières années
- Fixer
un nouveau programme
- Intervenir
d'urgence face à une urgence mondiale
- Bibliography
|
Au cours des deux
premières décennies
marquées par la présence du VIH, on a beaucoup
appris sur la meilleure
manière de prévenir et d'atténuer les
souffrances provoquées par le
virus.
Il y a eu de grands
succès, et d'autres plus modestes, mais
aussi d'incontestables échecs dont on a tiré
d'importants
enseignements. Un certain nombre de tendances se font jour. L'existence
de variations locales importantes rend extrêmement
hasardeuses les
généralisations relatives à la
pandémie mondiale de VIH/SIDA.
Ce qui
est désormais bien établi, c'est la
présence d'une série de «
sous-épidémies » liées les
unes aux autres et qui, chacune, nécessite
un train de mesures différent. Par bonheur, ceux qui
s'emploient à
inverser la tendance peuvent s'appuyer sur l'expérience
acquise depuis
une vingtaine d'années.
La
nécessité d'intégrer la
prévention et les soins est l'un des
enseignements les plus importants de ces dernières
années. Si l'on veut
assurer une prévention équitable, il faut que les
personnes les plus
exposées au risque de contamination
bénéficient, où qu'elles vivent,
d'informations exactes et adaptées à leur
contexte culturel, en même
temps que des moyens de prévention existants.
L'OMS
estime qu'une
prévention complète et équitable est
l'un des éléments fondamentaux de
son action contre le SIDA.
Si
un certain nombre d'études soulignent la
nécessité d'un effort constant en faveur d'une
sexualité sans risque et
d'une bonne pratique médicale, rien ne confirme
l'affirmation selon
laquelle un meilleur accès aux soins serait de nature
à gêner l'action
préventive dans les milieux
défavorisés où le VIH fait le plus de
ravages.
Au
contraire, les informations en provenance de programmes de
thérapie antirétrovirale en milieu
défavorisé, notamment dans le centre
d'Haïti et à Khayelitsha (Afrique du Sud), laissent
penser que
l'amélioration des soins va permettre un renforcement direct
de la
prévention selon diverses modalités: demande
accrue de conseils et de
tests volontaires; moindre stigmatisation et possibilité de
discussions
plus ouvertes sur le VIH/SIDA dans la communauté; ou encore
le maintien de
l'intégrité et de la stabilité
économique des familles, ce qui
ralentira la croissance des groupes de population exposés au
risque
tels que les orphelins et les travailleurs du sexe (11-15).
Comment
expliquer cette séparation souvent très nette que
l'on observe
entre la prévention et les soins et qui, dans le monde en
développement, a pour conséquence de priver
totalement de soins
médicaux décents la plupart des personnes
porteuses du VIH?
Qu'une
thérapie antirétrovirale efficace ait
été mise au point en une
quinzaine d'années constitue un succès pour
certains, mais pour les
dizaines de millions de malades qui sont morts des suites du SIDA, la
victoire quelle qu'elle soit arrive trop tard.
Le
fait que le virus et
ses divers modes de transmission aient été
largement connus bien avant
la découverte d'un traitement efficace a
contribué, dans les pays
riches comme dans les pays pauvres, à séparer les
soins de l'action
préventive.
En
Australie, aux Etats-Unis et en Europe, la prévention et
les soins constituent deux activités distinctes
assurées par des
équipes différentes (16).
Dans
les pays riches, les établissements de soins
spécialisés dans le
SIDA ne font généralement pas de
prévention, alors que dans de nombreux
pays pauvres, ce sont les dispensaires qui font de la
prévention, même
en l'absence de tout soin aux personnes infectées.
Cette
séparation a eu des conséquences
fâcheuses. Des victoires importantes
ont certes été remportées sur le
virus, mais leurs retombées ne sont
pas équitablement réparties.
Malgré un recul remarquable du taux de
mortalité corrigé de la structure d'âge
chez certains porteurs du
virus, des sousépidémies subsistent ou
même s'aggravent dans les pays
riches.
Comme ailleurs, le taux de transmission du virus dépend de
la
condition sociale. Dans le sud des Etats-Unis, par exemple, le VIH
touche proportionnellement davantage les minorités ethniques
des
conurbations.
La population noire démunie qui habite des
régions
rurales reliées par de grandes voies de communication
commerciales est
également de plus en plus affectée.
Selon des recherches effectuées en
Caroline du Nord, l'incidence des infections sexuellement
transmissibles (IST) est étroitement liée
à la présence d'une autoroute
inter-Etats (17).
Des tendances similaires s'observent dans les régions
rurales de
l'Afrique et de l'Asie. Même lorsque
l'épidémiologie locale est
différente, les inégalités sociales
entrent toujours dans l'équation du
risque d'infection et de l'accès aux soins.
Dans les zones urbaines de
la Fédération de Russie et de l'Ukraine, la
situation contraste avec
celle du sud des Etats-Unis, à savoir que
l'épidémie qui tend à se
développer rapidement est attribuable à la
consommation de drogues par
voie intraveineuse; les personnes les plus touchées sont les
chômeurs
et, là encore, les membres des minorités
ethniques.
Intégration de
la prévention et des soins
L'action
préventive doit être conçue en fonction
de l'épidémiologie
locale. Là où le VIH est en grande partie
transmis par voie sexuelle,
des campagnes d'information et d'éducation peuvent sauver
des vies.
On
estime par exemple qu'en Thaïlande, c'est en intervenant avec
insistance auprès du personnel militaire et des travailleurs
du sexe
pour leur faire utiliser des préservatifs que l'on a pu
obtenir un
nombre de nouvelles contaminations sensiblement inférieur
aux
prévisions (18).
Dans
les situations où la transmission du VIH est
plutôt liée à la
consommation de drogues par voie intraveineuse, les
stratégies fondées
sur la réduction des dommages (par exemple la fourniture de
matériel
d'injection propre ou le traitement de la dépendance) se
révèlent
efficaces (19).
Toutefois,
dans tous les cas étudiés, la
distinction qui est faite entre la prévention et les soins
--
particulièrement nette dans les pays les plus pauvres
où ceux qui
auraient besoin de cette prise en charge sont peu nombreux à
en
bénéficier -- nuit à
l'efficacité de l'action et accentue la
stigmatisation sociale.
Malgré la grande diversité des
sous-épidémies, l'intégration de la
prévention et des soins est un
thème permanent et unificateur de l'action menée
par l'OMS.
Dans
les
cas où le VIH/SIDA n'est pas considéré
comme un problème privé mais
comme une affaire publique, il est possible d'éviter de
nouvelles
contaminations ou la mort de ceux qui sont déjà
infectés grâce à une
bonne politique publique.
Bien
entendu, la charge de travail est
beaucoup trop importante en pareil cas pour que la
prévention et les
soins soient confiés au même personnel. Les
cliniciens doivent veiller
à utiliser de manière optimale leurs
compétences particulières pour le
bien des malades.
C'est
dans le domaine de la prévention, du soutien
aux malades, de l'éducation et de la sensibilisation que les
militants
et les membres de la communauté seront le plus utiles.
Il
est difficile de dire que telle ou telle activité de terrain
entre
exclusivement dans la catégorie «
prévention » ou dans la catégorie
«
soins ».
Par
exemple, la plupart des gens considéreraient que la
prévention de la transmission de la mère
à l'enfant (pTME) entre dans
la catégorie « prévention
».
Toutefois,
la mise en uvre de programmes
de ce genre nécessite souvent l'amélioration des
soins prénatals: les
initiatives « TME-Plus » prennent la suite de
l'intervention préventive
initiale avec, si cela est indiqué du point de vue clinique,
un
traitement antirétroviral des mères VIH-positives
qui permet aux femmes
non seulement de donner naissance à un enfant en bonne
santé, mais
encore de rester en vie et de l'élever (20).
De
même, l'amélioration des soins aux porteurs du
virus contribue à
atténuer la stigmatisation des malades du SIDA.
Ce
recul de la
stigmatisation sociale suscite un regain d'intérêt
pour le conseil et
le test VIH volontaires qui constituent la pierre angulaire d'une
prévention et de soins efficaces (13).
Un
certain nombre
d'études récentes ont commencé
à dresser un catalogue des mécanismes
par lesquels un accès plus facile à des soins de
qualité permet de
renforcer l'action préventive (15).
L'intégration
de la prévention et des soins: quelques réussites
Seuls
quelques pays ont pris des dispositions législatives qui
garantissent les droits des personnes vivant avec le VIH, et notamment
le droit à un traitement efficace.
C'est
le cas du Brésil, qui a su
mener cette entreprise à bonne fin. Ce pays, qui
connaît pourtant des
inégalités sociales, a été
l'un des premiers dans le monde à prendre
des mesures pour assurer à tous l'accès gratuit
au traitement de
l'infection à VIH.
Ainsi
le SIDA a quitté la sphère privée,
celle des
familles et des individus, pour devenir une affaire publique.
Grâce à
une législation novatrice, le Brésil a pu mettre
en uvre le programme
le plus important et le plus efficace d'Amérique
latine.
Il
n'est pas
exclu que la généralisation de l'accès
au traitement antirétroviral ait
contribué à faire régresser la
stigmatisation des malades et, par voie
de conséquence, accru la demande de conseil et de test
volontaires.
Certes,
il est difficile de prouver l'existence d'une relation de cause
à effet, mais les projections qui, il y a une dizaine
d'années,
prévoyaient que le Brésil connaîtrait
une épidémie en expansion rapide,
ne se sont pas réalisées.
Maintenant
que le traitement antirétroviral
est largement disponible, on note depuis quelques années un
recul de
l'incidence des infections à VIH: seulement 7361 nouveaux
cas
d'infection ont été enregistrés au
cours des neuf premiers mois de
2001, contre 17 504 en 2000 (21).
Le
Ministère de la Santé estime que les
économies réalisées entre 1997
et 2001 du fait de la baisse du nombre des hospitalisations et des
traitements pour infections opportunistes sont de l'ordre de US $2,1
milliards.
Le
Brésil n'est pas un cas unique. En 2003, le Mexique a
adopté une législation analogue à
celle du Brésil et peut
raisonnablement escompter un succès similaire (22).
Une politique appropriée peut donc avoir un effet
thérapeutique indiscutable sur l'infection à
VIH/SIDA.
Dans les pays beaucoup
plus pauvres que le Brésil ou le Mexique, où
l'effort doit porter sur d'autres secteurs, des résultats
positifs
peuvent tout de même être obtenus.
En Haïti, qui est
le pays le plus
démuni des Amériques, un partenariat conclu entre
le secteur public et
le secteur privé permet d'offrir, à une
population vivant dans le plus
complet dénuement, des services de prévention
adaptés au contexte
culturel et lui fait profiter des derniers progrès en
matière de soins.
Sur le Plateau central
d'Haïti, la prévention et les soins sont
intégrés dans le cadre d'un projet parfaitement
abouti, malgré sa
modeste envergure, et qui a été le premier en
1998 à proposer un
traitement antirétroviral dans le contexte
communautaire.
Comme il y a
très peu de médecins et d'infirmières
dans les communautés rurales
d'Haïti, cette « initiative pour
l'équité face au VIH » repose sur des
agents de santé communautaires, appelés
accompagnateurs, qui rendent
chaque jour visite aux malades de leur village.
Ces accompagnateurs (dont
un certain nombre vivent eux-mêmes avec le VIH) ne s'occupent
pas tant
d'administrer un traitement sous contrôle direct que de
prendre soin de
leurs voisins (voir Encadré
3.2).
Encadré
3.2 Les accompagnateurs: un exemple de traitement du SIDA dans les zones
dépourvues de ressources
L'avènement
d'un traitement efficace contre le SIDA a modifié de
façon
spectaculaire le pronostic de l'infection à VIH dans
certaines régions
du monde, mais il est rarement disponible là où
l'on en a le plus
besoin.
La
plupart des décès en rapport avec le VIH dans le
monde en
développement d'aujourd'hui surviennent chez des personnes
n'ayant
jamais été traitées par une
association chimiothérapieantirétroviraux
(ARV).
Les
raisons avancées pour cet échec sont nombreuses,
mais deux
sont le plus souvent citées: le coût
élevé des ARV et l'absence de
l'infrastructure requise pour leur utilisation.
La
première de ces
objections devrait tomber car on dispose maintenant d'ARV
génériques et
le prix des produits de marque commence à chuter.
Reste
le problème de l'absence d'infrastructure.
L'expérience acquise à
Haïti et ailleurs permet de penser qu'il s'agit davantage d'un
problème
de personnel que d'un problème de laboratoires ou
d'infrastructures
médicales.
Lorsque
les médecins et les infirmières font
défaut, on
trouve souvent un grand nombre d'agents de santé
communautaire
sous-employés et il arrive parfois que certaines personnes,
notamment
des guérisseurs traditionnels, expriment le désir
de recevoir une
formation « d'accompagnateurs » pour assister leurs
voisins vivant avec
le SIDA.
La
participation de ces personnes, et d'autres agents
communautaires, en qualité d'accompagnateurs sera
essentielle pour atteindre des objectifs de traitement même
modestes au
cours des années à venir.
C'est
là un important précédent pour la
prise
en charge communautaire d'une maladie infectieuse chronique. Les
programmes de lutte contre la tuberculose qui notifient les taux de
guérison les plus élevés sont souvent
ceux qui reposent sur la
participation de tels accompagnateurs ou d'autres prestataires
de soins basés dans la communauté.
Le
degré de formation nécessaire est minime et
l'encadrement de ces accompagnateurs peut
être assuré par des infirmiers (ères)
et des médecins en poste dans des
dispensaires.
Si
ce modèle est largement adopté, des malades
souffrant
d'autres maladies chroniques peuvent espérer recevoir des
soins
médicaux de haute qualité, même en
l'absence de tout médecin.
Ce projet haïtien
est remarquable, non seulement par les succès qu'il
remporte sur le plan médical et social --
réduction de la mortalité et
recul de la stigmatisation -- , mais aussi par la modicité
de son coût.
Avec l'arrivée
d'antirétroviraux génériques sur le
marché, l'initiative
pour l'équité face au VIH est passée
à l'échelle supérieure et
s'étend
désormais aux zones difficiles du centre d'Haïti,
où il n'y a ni
électricité ni routes praticables (23).
Les études de
séroprévalence donnent à penser qu'en
Haïti, l'épidémie d'infection
à VIH aurait plutôt tendance à
s'étioler (24), encore que l'impact
exact des programmes de lutte contre le VIH/SIDA sur la propagation de
la maladie reste à déterminer.
L'Ouganda est un autre
pays d'une extrême pauvreté où le taux
d'infection par le VIH est également en recul.
Selon certains, la
baisse de la prévalence est le résultat d'une
campagne énergique menée
par les pouvoirs publics pour donner un coup
d'accélérateur aux
messages à but préventif.
La campagne dite
« ABC » est une initiative
de marketing social visant à encourager l'abstinence (A), la monogamie (Be faithful: être
fidèle) et l'usage du préservatif (Condom) (25).
Ceci dit, le recul de la
prévalence du VIH en Ouganda met en jeu bien
d'autres facteurs que la volonté politique à haut
niveau ou des
incitations énergiques à utiliser le
préservatif, si importants que
soient ces deux aspects.
Ce qui se passe
actuellement en Ouganda
découle d'une situation biosociale complexe
caractérisée par l'état de
guerre, les migrations et bien d'autres
événements et processus (y
compris, à Kampala et au-delà, un meilleur
accès aux thérapeutiques
antirétrovirales) qui ne sont pas forcément pris
en compte dans la «
campagne ABC » (voir Figure
3.3).
Il semble que
l'émancipation des femmes ait joué un
rôle décisif dans
l'adoption de comportements sexuels moins risqués. Un
certain nombre de
groupes appartenant aux milieux associatifs comme la TASO (The AIDS
Service Organization) ont également joué un
rôle déterminant.
D'autre
part, il faut noter qu'après la fin des conflits
armés, l'Ouganda a été
mesure, grâce à l'aide de la Communauté
européenne et d'autres
donateurs, d'investir largement dans la reconstruction de son
infrastructure sanitaire (26).

Figure 3.3
Chapitre
3: Le VIH/SIDA: un tueur auquel il faut faire face: 1,2,3,4,5,6
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