Suivi DE :
QUESTIONS à
Bruno Jaeger,
coordinateur pour la France
de la Journée mondiale
de lutte contre l’homophobie
17 mai :
« NON à l’homophobie,
OUI à l’éducation ! »
Ligne Azur : Pourquoi avoir choisi le mot d’ordre « Non à l’homophobie, oui à l’éducation ! » pour l’édition 2007 de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie ?
Bruno Jaeger (BJ) : L’éducation est le meilleur moyen pour éradiquer l’homophobie. Si elle concerne les jeunes et l’institution scolaire en particulier, l’éducation est aussi l’affaire de la société tout entière.
Nous avons tous jeunes ou moins jeunes besoin d’être sensibilisés à cette question qui relève des droits humains.
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SOS homophobie a réalisé une étude à partir d'une enquête réalisée à
l'échelle nationale ( principalement par le biais de son site web ) en
2005-2006. Les résultats portent sur 712 réponses au questionnaire.
Les chiffres sont édifiants.
Oui, l'homophobie à l'école est une réalité.
Non, l'Education Nationale ne fait pas ce qu'il faut pour la combattre.
C'est pourquoi SOS homophobie interpelle à nouveau les autorités publiques
pour la mise en place, conformément aux engagements du Président de la
République, d'une véritable politique de lutte contre l'homophobie.
Qui a répondu ? Les participants représentent 67 %, les participantes 31 %. Leur moyenne
d'âge est de 27 ans et 48% ont entre 15 et 25 ans.
58% des personnes interrogées déclarent avoir été victimes ou témoins
d'actes homophobes. (Répartition par sexe : 59 % des participants à
l'enquête, 55 % des participantes)
Où cela se passe-t-il ? Le lycée (40 % des cas) et le collège (38 %) sont les lieux privilégiés de
ces actes homophobes.
Quelles sont les formes de l'homophobie ? Moqueries (29 % des cas) et insultes (26 %) en sont les manifestations
principales. Un chiffre est préoccupant : dans 5 % des cas il y a coups et
blessures. Ces faits sont souvent renouvelés ou permanents (46 %).
Autre information inquiétante : 21 % des personnes interrogées déclarent
avoir été victimes ou témoins d'homophobie de la part de l'institution
( encadrement, administration ).
Quelles en sont les conséquences ? Elles sont alarmantes ( plusieurs réponses possibles par questionnaire ) :
Baisse des notes : 16 %, mal-être, déprime : 35 %, conduites à risques 9 %,
tentatives de suicide 5 %.
Quelle est la réaction de l'institution ? Ces faits restent souvent ignorés des adultes. En effet 44 % des victimes
n'ont jamais osé en parler. Quand la situation est connue, seulement 5 %
d'entre-elles ont reçu un soutien de la part de l'encadrement (et 20 %
d'entre-elles ont été soutenues par des amis)
Quel est le jugement des victimes ? Il est sans appel : 89 % pensent que l'homophobie est passée sous silence dans
les manuels scolaires et 79 % par les enseignant-e-s. 88 % sont d'avis que
l'Éducation Nationale ne fait pas ce qu'il faut et 90 % d'entre-elles pensent
que les personnels devraient être formés à la lutte contre l'homophobie.
L'intégralité de cette étude est disponible sur notre site web http://www.sos-homophobie.org
Face à ces chiffres SOS homophobie renouvelle ses appels.
L'institution doit faire des gestes forts, les personnels doivent être formés
(IUFM, formation continue), les élèves doivent être sensibilisés, les
programmes et les manuels ne doivent plus passer sous silence les questions
liées à l'orientation sexuelle et à l'identité de genre.
Ce sont en effet l'ignorance et les clichés qui constituent le terrain de
l'homophobie, de la lesbophobie et de la transphobie ordinaires.
Les associations peuvent obtenir un agrément auprès des rectorats pour
effectuer des actions de sensibilisation en milieu scolaire.
Des associations sérieuses qui demandent cet agrément voient trop souvent
leur demande refusée, ou plutôt non réellement examinée, sous les
prétextes les plus fallacieux : les dossiers ne sont pas parvenus, ou bien il
manque une pièce ou, pire encore, sous prétexte que l'association aurait en
fait pour but de "faire des rencontres", ou bien que l'"action de
l'association, telle qu'elle est présentée, doit s'adresser en priorité aux
adultes membres de la communauté éducative" ou encore que "l'orientation
sexuelle, comme l'appartenance politique ou confessionnelle, relève d'un choix
personnel et privé" ( selon les termes employés dans des notifications de refus
d'agrément ).
Certes, il faut former les personnels de l'Éducation Nationale. SOS homophobie
est prête à relever le défi. Mais l'enquête démontre que rien ou presque
n'a été fait au niveau des IUFM et des plans académiques de formation
(formation continue des personnels).
Et quel usage font les autorités rectorales des trois circulaires
ministérielles qui ont mis la lutte contre l'homophobie dans les
établissements scolaires à l'ordre du jour et recommandent l'intervention
d'associations partenaires si possible agréées ? Ces circulaires
n'auraient-elles d'autres fonctions qu'un effet d'affichage ?
Nicolas Sarkozy a pourtant déclaré dans le magazine Têtu d'avril 2007 : "tout ce qui peut être fait à l'école pour expliquer que la différence est
une richesse et pas un risque, je le favoriserai". Pendant la campagne
électorale, il avait aussi indiqué : "Il me parait également important de
sensibiliser l'ensemble des adolescents sur la question des différences et de
l'homophobie au cours de leur scolarité".
Pour faire le point sur la situation internationale et le retard de la France
en la matière, des associations réalisant des interventions en milieu
scolaire et des syndicats ont organisé un colloque du 16 mai (interventions
audio disponibles sur notre site web). Suite à celui-ci, un collectif
d'associations a pris la décision de solliciter un rendez-vous avec le
Ministre de l'Éducation Nationale pour faire le point à ce sujet.
Bien qu'ayant reçu l'agrément d'une Académie, SOS homophobie, victime comme
les autres associations de tracasseries et de refus pour une autre demande, va
intenter un recours devant le Tribunal Administratif et se joindre à la
saisine de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour
l'Égalité (HALDE), faite par l'association Couleurs Gaies sur le refus
d'agrément qu'elle a reçu de l'Académie de Metz.
Retrouvez ce communiqué de presse et l'analyse des résultats de notre
enquête sur notre site web :
http://www.sos-homophobie.org/index.php?menu=1&menu_option=12&sel_an=2007&news=81#chap81
SOS homophobie
c/o CGL, 3 rue Keller, BP 255, 75524 Paris cedex 11
www.sos-homophobie.org
Ligne d'écoute anonyme : 0810 108 135 ou 01 48 06 42 41
Contact presse : 06.28.32.02.50 / [email protected] |
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| QUESTIONS A |
Bruno Jaeger, coordinateur pour la France de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie
17 mai : « Non à l’homophobie, oui à l’éducation ! »
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Ligne Azur : Pourquoi avoir choisi le mot d’ordre « Non à l’homophobie, oui à l’éducation ! » pour l’édition 2007 de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie ?
Bruno Jaeger (BJ) : L’éducation est le meilleur moyen pour éradiquer l’homophobie. Si elle concerne les jeunes et l’institution scolaire en particulier, l’éducation est aussi l’affaire de la société tout entière. Nous avons tous jeunes ou moins jeunes besoin d’être sensibilisés à cette question qui relève des droits humains.
Ligne Azur : Comment nos voisins européens abordent-ils la question de la lutte contre l’homophobie ?
BJ : Des disparités importantes existent. Sur le plan institutionnel, la situation est assez avancée en Belgique et en Espagne. En Belgique, les pouvoirs publics font preuve d’une volonté très ferme en incitant le milieu scolaire à mettre des choses en place. Toutefois beaucoup d’enseignants protestent en disant que les recommandations vont trop loin et qu’elles incitent à la débauche. Un travail auprès des enseignants est donc nécessaire pour prouver le bien-fondé de la lutte contre l’homophobie en milieu scolaire. On sait que le taux de suicide chez les jeunes gays et lesbiennes est plus élevé que dans la population générale. Ces faits doivent être mis en avant pour essayer de lutter contre l’homophobie en particulier et les discriminations en général.
Ligne Azur : Quelle actions menées en Belgique trouveriez-vous pertinent de transposer en France ?
BJ : La Belgique a élaboré un document très intéressant destiné aux personnels enseignants et aux éducateurs. Téléchargeable sur Internet, ce document, mérite d’être très largement diffusé. De plus, la Belgique a reconnu officiellement la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie dès sa première manifestation en 2005. Si plusieurs pays reconnaissent officiellement cette Journée, il sera plus facile de la faire référencer par les Nations Unies. Dans les pays où la situation des homosexuels est difficile, les ONG et les associations de défense de droits humains ou de lutte contre le sida pourront se saisir plus facilement du thème de cette Journée sans risquer des affrontements directs et graves avec les autorités locales.
Ligne Azur : Avez-vous le sentiment que la société française évolue sur la question de l’homosexualité ?
BJ : C’est difficile à dire. Des listes de diffusions comme la Lettre de Têtu répertorient énormément de violence homophobe dont on n’entend pas ou peu parler dans les médias grand public. Le rapport annuel de SOS Homophobie est accablant. Malgré tout, on a envie de croire que la société est beaucoup plus tolérante. En lisant les Paroles d’ados contre l’homophobie, dans le cadre de l’exposition qui sera présentée à la Gare Montparnasse les 15, 16 et 17 mai de 14 h à 19 h, on s’aperçoit que la très grande majorité des jeunes ne rejette pas l’homosexualité. Pour eux, l’homosexualité c’est de l’amour, à respecter comme tel ! Donc oui, je pense que la société évolue même si des homosexuels continuent à se faire agresser et qu’il est nécessaire de tout faire pour y mettre un terme.
Ligne Azur : Que repprochez-vous aux pouvoirs publics en France ?
BJ : Ils ne font rien ou pas grand chose. Je renvoie simplement à la décision de Dominique de Villepin de ne pas reconnaître la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie en France, alors qu’il avait indiqué en mai 2006 qu’il était favorable à cette reconnaissance officielle. Quelques mois plus tard, le Premier ministre a fait savoir que l’agenda ne s’y prêtait pas. On en est là. La France est en retard et ne tient pas compte de l’importance qu’une telle reconnaissance aurait dans certains pays. On dit toujours que la France est le pays des droits de l’homme et qu’elle montre l’exemple partout dans le monde. Mais là elle passe à côté du rôle essentiel qu’elle s’attribue, peut-être de façon indue et trop systématique aujourd’hui.
Ligne Azur : Quelles sont vos autres revendications ?
BJ : Une campagne en cours sous la forme d’une pétition réclame la dépénalisation universelle de l’homosexualité. Cette pétition a été signée par plusieurs prix Nobel, des artistes et des intellectuels du monde entier. Le but de cette initiative est de faire voter une résolution aux Nations Unies, car plus de 70 pays condamnent encore l’homosexualité. Dans 9 d’entre eux, les homosexuels encourent la peine de mort. Une telle résolution pourrait faire évoluer les choses.
--------------------- Entretien réalisé par Alain Miguet pour Ligne Azur et Sida Info Service
Ligne Azur est partenaire du Colloque contre l’homophobie et pour la diversité par l’éducation, qui se déroulera mercredi 16 mai 2007 à Paris
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