Le double jeu de l’Espagne
Claudia Charles Juriste, chargée d’étude au Gisti
Depuis la fin des années 1990 et plus encore depuis le milieu des années 2000, l’Espagne déploie des moyens techniques, humains et financiers de jour en jour plus sophistiqués afin de rendre ses frontières, notamment maritimes – qui sont aussi celles de l’Europe – de plus en plus difficiles à atteindre. Au passage, les autorités espagnoles « oublient » de respecter certains de leurs engagements internationaux, notamment le droit d’asile. Mais elles n’en ferment pas pour autant leurs portes à l’immigration. L’Espagne est en effet le pays de l’Union européenne qui, depuis une décennie, a délivré le plus grand nombre de titres de séjour à des étrangers.
En 2005, un processus de régularisation exceptionnel a permis d’octroyer des titres de séjour à 600 000 étrangers environ sur la base de certains critères, notamment celui de disposer d’un contrat de travail et de cotiser à la sécurité sociale. Depuis, l’arrivée de nouveaux travailleurs migrants, nécessaire pour maintenir un taux de croissance élevé malgré une démographie déclinante, n’a pas cessé. Mais l’Espagne applique une stricte politique d’immigration choisie, l’« accueil » des uns ayant pour corollaire le rejet de ceux qui ne correspondent pas aux profils économiques, mais aussi ethniques, privilégiés. Elle s’est en effet lancée dans une véritable traque aux ressortissants subsahariens qui tentent d’arriver sur ses côtes. Dans le meilleur des cas, ces derniers pourront rester sur le sol espagnol en situation irrégulière et viendront grossir le flot de « travailleurs corvéables ».
En réalité, de plus en plus souvent, prenant des risques grandissants pour échapper aux dispositifs de surveillance, ils meurent en mer [1]. Depuis les événements de l’automne 2005, ils sont ainsi moins souvent victimes des balles marocaines et espagnoles aux frontières des enclaves de Ceuta et Melilla [2] que des intempéries maritimes dans lesquelles les jette la militarisation des frontières. La route marocaine vers l’UE est en effet quasiment fermée. Ce sont les arrivées, considérées comme « massives », des cayucos aux Canaries qui font l’actualité. Ces embarcations de fortune et autres bateaux « poubelles » transportent surtout des Africains mais aussi des Pakistanais, des Indiens, des Afghans, des Irakiens, etc. Selon la presse espagnole, ce sont 31 787 personnes qui sont arrivées sur les côtes des îles Canaries en 2006 (soit vingt fois moins que le nombre de personnes régularisées en 2005). Il s’agit du chiffre le plus élevé depuis l’année 2002, où il s’élevait à 9 929 personnes. Depuis le début de l’année 2007, les autorités espagnoles se félicitent cependant de la réduction drastique du nombre de ces cayucos et l’impute à l’efficacité des moyens mis en place pour freiner ce qu’elles qualifient de « drame humain » alors même que ces dispositifs contribuent à la mise en danger des migrants.
La route marocaine vers l’UE est en effet quasiment fermée. Ce sont les arrivées, considérées comme « massives », des cayucos aux Canaries qui font l’actualité. Ces embarcations de fortune et autres bateaux « poubelles » transportent surtout des Africains mais aussi des Pakistanais, des Indiens, des Afghans, des Irakiens, etc. Selon la presse espagnole, ce sont 31 787 personnes qui sont arrivées sur les côtes des îles Canaries en 2006 (soit vingt fois moins que le nombre de personnes régularisées en 2005). Il s’agit du chiffre le plus élevé depuis l’année 2002, où il s’élevait à 9 929 personnes. Depuis le début de l’année 2007, les autorités espagnoles se félicitent cependant de la réduction drastique du nombre de ces cayucos et l’impute à l’efficacité des moyens mis en place pour freiner ce qu’elles qualifient de « drame humain » alors même que ces dispositifs contribuent à la mise en danger des migrants.
Depuis la fin des années 1990, l’Espagne a implanté, sur les côtes andalouses d’abord et sur celles des îles Canaries ensuite le Système intégré de surveillance extérieure (SIVE), sorte de blindage électronique des frontières espagnoles appuyé sur une surveillance à distance très sophistiquée. De nombreuses stations de détection équipées d’un radar, de caméras thermiques et à infrarouge, contrôlent un périmètre de 20 kilomètres.
Depuis fin 2003, la Guardia civil a complété cet équipement par des capteurs sensoriels pouvant détecter des battements de cœur à distance. Une antenne satellite envoie en temps réel les informations à un centre de contrôle de la Guardia civil. Les images permettent de savoir quel type d’embarcation a été repéré, combien de personnes se trouvent à bord, etc. Sur la base de ces données, le centre de contrôle peut décider de l’envoi de troupes d’intervention mobiles qui ont pour mission d’intercepter les pateras ou cayucos. Dans l’archipel des Canaries, le centre de contrôle est basé à Fuerteventura. Trois stations radars fixes et une mobile sont réparties sur cette île et celle de Lanzarote [3]. Selon l’Association pour les droits de l’homme en Andalousie (APDHA), les autorités espagnoles prévoient le déploiement de ce système dans la région de Murcie et de Valence ainsi que sur le reste de la Méditerranée espagnole, notamment les îles Baléares, avec un investissement de 232 millions d’euros [4].
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